Quand le chagrin l’emporte

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Quand le chagrin l’emporte

La publication de cette semaine se porte sur le deuil comme maman endeuillée, donc un sujet plus sensible. Je conseille donc que vous soyez dans une humeur prête à lire ce genre de publication. Même si c’est un sujet délicat, je crois que c’est important que les gens comprennent comment nous ressentons comme endeuillés. Je vous recommande donc la lecture, même si ce n’est pas tout de suite. Ça peut aider à mieux comprendre les endeuillés en général, et donc, à mieux les supporter. Merci pour votre lecture.

Hier, j’ai dessiné mon cœur. Mon cœur est rempli de toutes sortes d’émotions. Mais en grande partie, cette panoplie d’émotions découlent de deux principales émotions; l’amour et le chagrin.

La partie gauche représente l’amour qui règne dans mon cœur. Comme vous pouvez voir dans le dessin, cet amour est solide, intact, doux, lisse et même lumineux. C’est l’amour que j’ai pour ma famille, mes enfants. Cet amour me permet de continuer et de survivre. Quand je m’ennuie de Zackaël, cette partie de mon cœur m’interpelle. L’amour y est, je pense donc à lui. Il y a plein d’instants durant une journée lorsque je m’ennuie de Zackaël. Je ne sais pas combien de fois je pense à lui durant la journée, mais c’est presque tout le temps.

Dessin d'un coeur brisé : "Quand le chagrin l'emporte"
"Quand le chagrin l'emporte" – Crayons de couleur– Décembre 2020 – Brigitte Lehoux (Grieving Maman)



Cependant, par certains moments, l’amour est plus fort que moi; je m’ennuie trop et je dois voir plus. Je dois faire plus que de parler ou écrire à propos de lui. Je dois voir plus que sa plaque dehors. Je dois voir plus que sa chambre qui est vide. Je dois voir plus que ses photos dans le salon. J’ai besoin de voir plus de que je suis habituée de voir. Quand on voit toujours les mêmes photos, on devient en quelque sorte « immunisé » à ces photos. Je suis tellement habituée de les voir que mon cœur s’est renforcé au fil du temps et je suis en mesure de gérer mes émotions en les regardant.

Mais souvent, j’ai une envie soudain de voir mon beau Zackaël, mon cœur est insatisfait et veut davantage. Je décide ainsi de regarder d’autres photos. C’est généralement en regardant une ou deux photos que cette envie apparaît, c’est-à-dire l’envie d’en voir d’autres. Je ne peux m’en empêcher… je l’aime trop, il est trop beau. Cette envie peut également se manifester sans même regarder des photos. Il me manque tellement que je dois ouvrir l’ordinateur ou le téléphone.

Au départ, mon cœur est solide et c’est l’amour qui domine. Je veux le voir, il me manque, je l’aime et regarder des photos me fait du bien. Tout cela, ça représente la partie gauche de mon cœur. Je continue à regarder ses photos. Peu à peu, je deviens submergée et accro à en regarder plus. Je veux entendre sa voix, voir ses mouvements, son sourire, je suis dans mon propre monde… un monde où Zackaël est encore parmi nous.

Je suis rendue assez habituée que je connais le risque associé à regarder plus de photos. Mais je suis incapable d’arrêter, mon cœur veut plus. Je continue ainsi à en ouvrir d’autres, parfois même une vidéo. Attention maman Brigitte, c’est risqué. Mon cœur en est-il capable?

Les deux parties de mon cœur entrent maintenant en conflit, c’est la bataille des émotions. Il faut peu de temps pour que la partie droite de mon cœur prenne soudainement le dessus. La tristesse apparaît de pleine force, elle est plus forte et surpasse l’amour. On se retrouve maintenant dans la partie droite de mon dessin.

Mon amour s’est converti en tristesse. Dans mon dessin, on peut même y voir une flèche (subtile) au milieu qui dénote cette conversion. J’irais même à dire que mon amour s’est fait écrasé par la tristesse. Encore une fois, ce foutu chagrin a fait son apparition et j’éclate en sanglots. C’est la victoire du chagrin, il a battu l’amour. Je me sens défait. Mon cœur a mal. Il y avait déjà un gros trou dans mon cœur et plein de morceaux cassés, mais là, mon cœur saigne. Je dois arrêter de regarder, je n’en peux plus.

Voici un extrait de mon journal (daté de avril 2020) où vous pouvez lire comment je me sens quand ça arrive :

Grieving Mother Journal – by Brigitte L. (page 1 of 2)
Grieving Mother Journal – by Brigitte L. (page 1 of 2)

Ça fait un an que j’endure ce conflit. Soit je m’ennuie de Zackaël et je veux donc le voir, ou soit je le « vois » et je pleure ma vie. C’est très paradoxale. Mon cœur n’est jamais intact, il y a toujours un trou et de chaque côté, les deux émotions s’entrechoquent. C’est cela le cœur d’un parent endeuillé… du moins mon cœur comme maman endeuillée. J’espère que ce cœur (mon cœur) se transformera. J’espère que le noir de la partie droite commencera à disparaître. J’espère que les fissures se réparent. J’espère qu’il pourra être uniforme et complètement lisse et reluisant. J’espère qu’il arrêtera bientôt de saigner autant.

C’est tout pour l’instant. Merci d’avoir lu cette publication.
Si vous avez vécu le deuil d’un être proche, avez-vous eu de la difficulté à regarder beaucoup de photos?

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19 commentaires

  1. Dear Brigitte, Your picture and your words mean so much. I do the same thing but I could not have expressed myself so eloquently. I hope you know how much you are helping others as you share your thoughts and feelings. Thank you. Take care.

  2. Je ne pourrai jamais imaginer ta douleur, mais tu l’exprimes si bien…Je peux ressentir tout le mal dans ton coeur… Tellement touchant 🙁

  3. This was so unbelievably beautiful yet so heart breaking at the same time. I felt the emotions with you while reading it. You are all so strong in my eyes. Sending thoughts and love to you all, always. ❤️

  4. Bonjour Brigitte, on ne se connaît pas mais votre histoire nous a terriblement touché. En tant que maman d’enfants d’âge similaires, mon cœur déchire. En tant que professionnelle de la santé, ton blogue m’inspire et m’aide à comprendre le point de vue du patient endeuillé et je t’en remercie. La candeur de tes témoignages va aider beaucoup de gens. Merci.
    (PS: notre petite était bien heureuse de retrouver Adelie à la garderie, nous sommes tellement heureux D’entendre ses progrès!)

    1. Merci beaucoup Melissa pour ton commentaire. Je suis ravie de lire ton message que mon blogue pourrait aider. N’hésite pas à partager l’adresse du blogue à qui que ce soit. Adélie adore tellement la garderie et ses amis! Quel est le nom de ta petite (tu peux l’écrire en privé si tu aimes mieux)?

  5. Wow Brigitte. You are such a great writer and artist. Your picture says more than words ever could. So touching, emotional, and devastating, and very brave of you to share. 💚

  6. Such beautiful writing, so touching and also gut wrenching. I have so much respect for how open and honest you have been, allowing us into your world through your written words. Lots of love to you. ! 💚

    1. thank you Renée, it means a lot. Over the years, I’ve realized that being open is always best. People prefer real and I will be real. I also hope it can help other grievers or people to understand how we feel.

  7. Votre publication m’a coupé le souffle
    Vous êtes une femme, une mère très forte even if it didn’t feel that way right now
    Elle est très courageuse votre publication et je suis sure que cela va aider beaucoup de parents qui vivent la même douleur.
    Je pense que la seule chose en commun dont prie chaque parent c’est de n’a à avoir à vivre cela!
    Mon cœur pleure pour vous ce soir
    Pour avoir perdu une personne très chère et avoir mis longtemps à m’en remettre – Je ne peux même pas imaginer votre douleur – Je pense que avec le temps La douleur s’estompe et le côté sombre disparaît progressivement mais le souvenir reste intact et bientôt Vous sourirez en pensant à Zack comme l’appelais Yacine, et le côté sombre se sera éloigné.

  8. You’ve captured the feeling well. I lost my son near the midway mark of pregnancy — a ‘missed miscarriage’. Not the same as losing a child you’ve lived and lived with for years, but the grief is as you’ve described. I only have a few photos of my son’s body from the days before he was cremated, and they bring both gratitude and sadness, even years later. I’m not sure you ever really heal from the loss of a child, but maybe you learn to live with it in a way that allows your remaining life blessings to be at the forefront of your thoughts. I wish that for you.

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