Mon deuil complexe

For the English version, click "EN" at top-right of the menu .


Mon deuil complexe

Premièrement, merci beaucoup aux gens qui se sont récemment inscrits au blogue. Je vous souhaite la bienvenue et j’ai très hâte de jaser avec vous!

Le temps des fêtes est maintenant terminé. Malgré les restrictions sévères imposées pour les fêtes de 2020, je dois dire que pour ma part, Noël 2020 était beaucoup mieux que Noël 2019. C’est vrai que l’an passé, j’avais techniquement la possibilité de voir plus de monde, se promener dans les magasins et faire beaucoup plus. Cependant, quand la santé n’est pas au rendez-vous, être libre comme un oiseau n’aide pas tellement. La santé, c’est bien plus important et j’espère que vous l’avez tous en ce début de 2021.

Décembre 2019

L’an passé, certaines personnes me suggéraient des activités pour me changer les idées; « Tu devrais aller voir un film, passer une journée au spa ou sortir pour un bon souper!» et plus encore. Or, ce que les gens ne pouvaient réaliser, c’est qu’aucune activité ne m’aurait fait du bien. Un mois et demi après l’accident n’était tout simplement pas assez de temps afin que je me sentes mieux. Peu importe l’activité, j’avais mal au cœur et je ressentais une douleur intense ainsi qu’un vide profond. Notamment, la plupart du temps, j’avais de la difficulté à rester debout plus de 5 minutes. Je manquais littéralement de souffle. Parfois, je pouvais être correcte pour une certaine période (par ex. 30 minutes), mais c’était assez rare et très imprévisible.

Même si mon sommeil était généralement adéquat, et ce, grâce à l’aide de somnifères, j’étais extrêmement fatiguée et épuisée. J’avais de la difficulté à répondre au téléphone. Je demandais notamment à Carl d’écouter mes messages vocaux. Ceci a duré des mois, et c’était normal dans les circonstances. Je ne dis pas aujourd’hui que je n’ai plus de mal, que je n’ai pas de mal de cœur, au contraire. Mais au moins, je peux dire que j’ai des moments où je sens plus moi-même.

Durant un souper du temps des fêtes, une personne avait gentiment accepté d’accompagner Adélie à l’hôpital afin que nous puissions profiter d’une belle soirée. Je me rappelle qu’après le souper, un proche m’avait suggérée « pourquoi ne restes-tu pas un peu plus tard pour en profiter et avoir un peu de plaisir? ». Presqu’en larmes, je lui ai répondu « comment veux-tu que je puisse avoir du plaisir? ». Ça m’était impossible de profiter de quoi que ce soit. N’importe quel « beau moment » était terni par la tristesse profonde qui me grugeait.

Même c’était un beau souper avec des gens que j’aime, je voulais juste m’écraser sur la table, la tête dans mes bras. Je n’avais pas faim. J’avais mal au cœur et je devais reprendre mon souffle. Je ne pouvais m’endurer moi-même, bien que je savais que je n’avais rien fait de mal. Je m’efforçais pour rester présentable et n’apparaître pas trop triste. Les gens ne pouvaient pas savoir à quel point j’étais mal dans ma peau. Après tout, il n’y a pas de leçons sur le deuil à l’école (à moins d’étudier la psychologie) et le deuil est un sujet qui est malheureusement encore assez tabou.

Moi, une maman endeuillée

À ce temps-là, je croyais que je me sentais ainsi à cause du deuil; un deuil profond et inhumain à la suite de la perte de mon enfant. C’est vrai que je vivais un deuil complexe, mais j’expérimentais aussi nombreux signes d’une dépression. J’étais effectivement tombée dans une dépression. Une dépression réactionnelle comme on dit, causée par l’événement traumatique de l’accident et la perte de Zackaël. En plus, à ce moment-là, Adélie était encore à l’hôpital. Elle a failli mourir, et il y avait beaucoup d’inconnus avec Adélie en décembre 2019. Elle ne parlait pas encore, ne marchait pas, ses membres droits étaient inactifs, elle faisait aussi de la fièvre et elle vomissait fréquemment, etc. Tout cela, c’était trop pour mon corps de petite maman avec un cœur brisé.

Quel est le deuil complexe?

Un deuil complexe (ou deuil compliqué), c’est un deuil persistant où la mort fait souffrir les vivants pendant une longue période, une période beaucoup plus longue qu’un deuil régulier. On dit que 5% à 7% des deuils sont des deuils complexes. J’anticipe qu’une grande majorité des parents endeuillés vivent ou ont vécu un deuil complexe.

En général, la mort d’un enfant est le type de perte le plus difficile, et les membres de la famille endeuillés courent un risque élevé de dépression et d’anxiété pendant près d’une décennie après la perte. De plus, ces parents sont à risque de développer une gamme de maladies physiques.

source: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK220798/

Aujourd’hui, en 2021, certaines mamans qui ont perdu un enfant récemment me demandent comment j’ai réussi à passer à travers. Avant tout, je suis tellement désolée pour ces parents. Je ne sais pas si peux affirmer que j’ai « passé à travers », mais je peux dire que j’ai passé à travers la première année. Et « passer à travers », ça ne veut pas dire qu’on a réussi comme un pro. Ça veut seulement dire qu’on a survécu, qu’on a fait du mieux qu’on pouvait, qu’on est encore là et on essaie de progresser. Il ne faut pas oublier que chacun vit son deuil à sa propre manière. En réalité, je vivais mon deuil différemment de la façon dont Carl vivait le sien.

Je savais que je devais sortir de la maison pour ne pas sombrer. C’est donc ce que je faisais. Chaque matin, je me levais et je me préparais pour aller voir Adélie à l’hôpital. Je sortais le plus souvent que mon corps affaibli pouvait me le permettre. Je parlais aux gens qui venaient nous visiter. J’allais aux activités organisées suite à l’accident, même si ça ne me tentait pas. Malgré le fait que je suivais toutes les recommandations « suggérées » par les livres, rien ne pouvait empêcher la douleur qui me hantait. Les gens ne réalisaient probablement pas à quel point j’avais mal tout le temps.

Pour revenir à la question sur ce que j’ai fait pour « passer à travers », je prévois en parler davantage dans une autre publication. J’avoue d’abord que j’ai éventuellement commencé à prendre des anti-dépresseurs (Buproprion), que je crois qui m’ont aidé avec mon niveau d’énergie. Je ne pouvais simplement pas juste continuer comme cela. Le sommeil, l’aide, les sorties, les huiles essentielles… on peut bien essayer tout ce qu’on peut, mais quand ça ne marche pas, parfois on n’a pas le choix d’essayer autre chose. Les médicaments ne peuvent pas atténuer la tristesse et le deuil, mais ça peut aider pour l’énergie et je n’ai pas honte de le mentionner.

On dit que souvent la première année, c’est la pire. J’espère que oui mais je n’en suis pas certaine. En outre, dans certains groupes de parents endeuillés, je lis que plusieurs parents ont beaucoup de difficulté pendant des années, peu importe si c’est la 1e ou la 3e année. C’est cela un deuil complexe, on ne sait pas si demain on va aller mieux. La perte d’un enfant est loin d’un deuil typique. On prévoit tous à un moment donné que nos grands-parents et même nos parents nous quitteront (à une certaine âge). Mais personne ne décide d’avoir un enfant en sachant que celui-ci va mourir avant eux, et encore moins, celui-ci mourir dans leurs bras avec un petit corps défait.

Nous avons passé la majorité des Fêtes 2019 à l’hôpital avec Adélie. Dans mon cas, je ne devrais pas dire « les fêtes », car vraiment, il n’y avait pas grand-chose à fêter. J’avais perdu mon fils et ma fille était gravement blessée (et ce, avec beaucoup d’inconnus). De plus, mon fils était très triste et traumatisé, même si ça ne paraissait pas beaucoup à ce point-là, que nous, Carl et moi survivions et faisions de notre mieux.

Malgré toute cette tristesse, nous avons eu un beau souper en famille à l’hôpital le 26 décembre, merci à CHEO pour l’accès à la salle. Adélie ne pouvait parler (elle avait tube de trachéostomie), elle ne mangeait pas par elle-même et ne marchait pas. En dépit de toutes ces conditions, nous étions heureux de se réunir en famille avec notre petite Adélie. Nous avions eu la chance de lui donner des petits cadeaux, de lui faire sourire, et elle était tellement heureuse de nous voir tous en même temps.

Souper à CHEO avec ma famille – 26 décembre 2019


Nous n’aurions pas réussi à survivre sans l’aide de plusieurs, en particulier ceux qui sont venus accompagner Adélie à l’hôpital. Durant le temps à l’hôpital qui a duré 103 jours, Carl a été épargné par certains symptômes de la dépression que j’avais. Notamment, il avait plus d’énergie et pouvait faire des nuits à l’hôpital. Pour ma part, je n’étais pas capable physiquement et mentalement de passer des nuits à l’hôpital. Je me trouvais déjà à moitié-morte le jour (avec les symptômes mentionnés ci-haut).

Notre famille nous a aidé beaucoup pour les nuits à l’hôpital. Merci à nos parents, Yvonne et François, Michael et Judy (parents de Carl), mon frère Joël, ma belle-sœur Mylène, mon beau-frère Malcolm, Margaret (la tante de Carl) pour toutes les nuits que vous avez passées à l’hôpital avec Adélie. Des nuits écourtées, souvent dérangées par les nausées de notre pauvre petite, par sa toux bruyante dû à son tube de trachéo, par les bruits des autres patients (chambre partagée), et j’en passe. Merci aussi à ceux qui ont accompagné Adélie durant le jour. Pour vous tous, vous avez été très généreux, et nous en serons toujours reconnaissants.

Vous avez peut-être trouvé cette publication un peu déprimante, mais je croyais important de vous donner le contexte avant que je publie davantage à propos de ce qui m’a aidé avec la dépression. Ceci sera dans une prochaine publication. Finalement, pour ceux que ça intéresse, je vous suggère fortement de visionner la vidéo ci-dessous. Je relate à 100% tout ce dont la maman dit, et ce, même que sa dernière phrase au sujet d’être heureuse. Merci encore pour votre appui!

https://savoir.media/vivre-en-funambule/clip/le-deuil-complexe


C’est tout pour l’instant!
Merci d’avoir lu cette publication même si elle touchait un sujet délicat. Si vous aviez apprécié, merci de continuer à laisser des commentaires !

N’oubliez pas qu’en vous inscrivant votre courriel et cliquant «Follow», vous recevrez mes publications par courriel aussitôt que je publie! Pas de spams, promis!

20 commentaires

  1. Merci et bravo Brigitte pour ce partage. Je réalise que c’est, du deuil complexe que je souffre également. J’hésite parfois à lire tes textes car ça me fait extrêmement de peine (empathie) tout en faisant du bien ( je me comprends). Tu es et resteras une maman extraordinaire! xox bon courage

    1. merci Sophie pour tes beaux touchants. Je pense souvent à vous aussi. Il y a tellement peu de personnes qui ont perdu un enfant, donc si on peut partager entre nous, je crois que ça peut faire du bien. Tu es également une maman forte et extraordinaire. xox

  2. Brigitte, thank you for sharing your experiences. I think of you so often and wonder how you have been able to cope with everything over the past year+. I admire how brave you are to share your story and I believe that it is a source of inspiration for others experiencing complicated grief. You are right, we are not taught to deal with grief, let alone complicated grief. As a new mom, I sometimes look at my little boy and realize that I don’t know if I will have him in my life forever or not, time is not promised to us. Your story reminds me to cherish each moment that I have with him.

  3. Ton blogue est très instructif et bien écrit. Tu abordes les questions que je n’osais pas te demander par peur de te faire plus de peine. Le deuille est tellement un sujet difficile à comprendre. Tu m’aides beaucoup à te lire.

    1. merci Mia pour ton commentaire. Je croyais t’avoir répondu, mais je ne vois pas ma réponse. J’avais beaucoup apprécié ton commentaire. En effet, tu as raison que nous ne savons pas assez sur le sujet. Merci de lire mon blogue. 💕

  4. I always cry when I read your posts. I think you’re very strong to share this and I appreciate that you do. Green is my favourite colour too.

    1. Green is an amazing colour! I now have a “tendency” to chose green when I order something (if green is an option)! When I wear green, it’s like I’m wearing a part of my sweet boy with me. Thank you so much for reading my posts, I’m sorry if I make you cry sometimes. Take care

    1. thanks Veronica for your comment. We are doing are best, trying to find ways to get through this. I appreciate your comments and that you guys follow us. Hope you’re doing well.

  5. Je pense que mon commentaire s’est coupé. Merci Brigitte de nous enseigner ce qu’est le deuil complexe à travers ton expérience douloureuse et tes nombreuses recherches pour te mettre en marche… quel courage!

    1. merci Marielle. Oui, j’aime bien connaître sur différents sujets, et ça me permet de faire des liens aussi avec ma situation, donc c’est très intéressant. Merci de continuer à me lire.

  6. Merci de partager Brigitte. Très touchant. Je voudrais tout d’abord te dire comment j’admire tout ton progrès tu semble repousser de tes pétales de ta fleurs qui as été épanouis. Je suis fier d’entendre lâche pas tu est tellement une femme forte c’est extraordinaire. Gros câlins

    1. merci encore Chanelle pour tes gentils commentaires. J’espère que tu vas bien. J’adore voir tes photos sur Facebook. Prends-soin avant le gros changement qui s’en vient.

  7. I’m so glad you had family support to help you meet the needs of your daughter in hospital and your son at home. You’ve alluded to it before, but I often think of your surviving boy and the trauma and loss that he has endured as big brother — old enough to remember and understand, but without the benefit of adult grief processing perspective.

    1. Hi Tanya, you are right; we had and still have a very complex situation and mustn’t neglect our oldest son in all that. Which is why family support was important at that time (and is still is…. since he’s more alone now). I plan to discuss sibling loss at some point. Thanks so much for reading and commenting.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.